mais pourquoi donc s'embêter avec des réglements ???

Pour une relation commerciale honnête et transparente entre producteur et consommateur.


Pour SAVOIR vraiment ! 


Mais comment ?

En effet,
Pour votre santé, il est parfaitement normal d’exiger - et d’obtenir -  la garantie réelle par le contrôle de structures qualifiées et reconnues utilisant du personnel compétent  - que quand on achète par exemple une carotte, l’on ne se fait vendre avec ni le désherbant, ni le fongicide systémique (véhiculé par la sève pour résister aux pluies) ni les divers insecticides épandus, sur les feuilles comme dans le sol, et parmi les plus toxiques encore autorisés et utilisés en non bio - pour éliminer certains parasites de la carotte.

Pour la santé de la terre, je ne pense pas qu’il soit besoin de citer la longue liste des méfaits de l’agriculture chimique : suffit d’ouvrir de temps en temps un journal ou un bulletin d’information…


Je me permets donc de donner mon point de vue
, basé uniquement sur mes compétences et pratiques agricoles et mon expérience des marchés de détail déjà longues, hélas : (privilège de l’âge…) : maraîchage en bio contrôlée depuis 1979 pour la vente directe, et vente en paniers depuis 1999. Donc avant la mode, et j’ai bien conscience que ça peut être un tort, mais je n’y peux rien, c’est comme ça.

 

Fermier, durable, de terroir, raisonné, local, intégré, paysan, du coin, naturel…

il y a le choix...

 

Tous ces qualificatifs (et on peut en trouver d’autres !) cherchent à faire penser au consommateur (celui qui mange) que le produit alimentaire obtenu par le paysan (celui qui produit) serait de meilleure qualité que le produit dit « normal », « standard ».

 

Une chose est sûre : les produits agricoles étant par définition tous obtenus par des gens que selon les milieux et les époques, on appelle agriculteurs, fermiers, paysans,  l’agriculture française, ne manque pas d’imagination, au moins  pour tenter de faire oublier l’essentiel au consommateur : l’agriculture non bio pollue, et gravement. Seuls ceux qui vivent (tirent profit) de la chimie (fabricants, vendeurs, utilisateurs) essaient de faire croire le contraire.

Le drame est qu’ils y arrivent encore.

 

Cette arnaque intellectuelle est possible car basée sur un phénomène humain et économique qui ne date pas d’aujourd’hui puisque c’est je crois bien Galbraith, l’économiste américain de l’entre deux guerres, qui écrivait (de mémoire) tant qu’il y aura assez de gens naïfs pour croire que l’on peut faire pour moins cher quelque chose d’aussi bien, il y en  aura d’autres pour faire fortune en abusant de leur crédulité.


Les consommateurs (égale ceux qui ne produisent pas ce que, donc, ils doivent acheter)
- les producteurs sont donc aussi des consommateurs, car ils ne produisent pas tout -  préfèrent globalement se rassurer plutôt que regarder la dure réalité en face en se formant pour être capables de la comprendre.
     Tous nous achetons des véhicules de plus en plus écologiques, vantés sur fond de vertes campagnes et blondes conductrices : où sont le bitumage, les particules lourdes des diesel, les morts, les estropiés, le bruit, le réchauffement ?
     Tous, pour connaître et comprendre le monde (et donc l’agriculture aussi) nous bénéficions d’informations précises et objectives, apportées par des médias indépendants !!! C’est ainsi que nous apprenons que les trusts de l’agrochimie ne fabriquent plus de produits de traitement, ni de fongicides, ni d'insecticides, ni même de phytosanitaires, mais des produits pour la protection des plantes, voire pour l’environnement des végétaux… Et on a bien sûr eu un « désherbant  écologique » créé par Monsanto, et très très employé chez les amateurs aussi, d’ailleurs…

Pour ce qui concerne l’arboriculture, le maraîchage, la viticulture (productions qui dans le même temps sont les plus polluantes en non bio et celles qui rencontrent le plus facilement directement le consommateur) de nombreuses idées reçues « traînent »  dans les têtes et sur les marchés sans aucun fondement réel.

 

Quelques poncifs, aussi fréquents sur les marchés qu’ailleurs.

 

"Je me sers chez untel, il ne traite que quand c’est nécessaire " (qui donc traite quand il pense que ce n’est pas nécessaire ?)  " et aussi chez Untel parce qu’il ne traite pas trop"  (qui donc traite trop ?)  Avec toujours cette impression qu’un « petit producteur » traite moins qu’un gros… Et pourquoi donc ? (En fait, les « gros producteurs » sont souvent mieux formés et plus pointus techniquement, ( donc peuvent être plus économes en interventions)  tant au départ de leur carrière, que parce qu’ils prennent plus de moyens pour se former en cours de carrière, subissent une plus grosse pression de contrôle par le circuit long, etc.). Si économiquement la spécialisation rend potentiellement plus fragile (mettre tous ses œufs dans le même panier) il est bien évident que plus l’on est spécialisé, plus on peut facilement être performant dans ce que l’on fait puisque le risque de dispersion est écarté.

 

"Et je vais aussi chez Untel, il n’est pas bio, mais…" et toute la validité, la précision et l’étendue de la garantie se retrouvent dans la valeur explicite, précise, pédagogique,contractuelle et contraignante… des points de suspension !

 

"Et Untel ? Il est très sympa : il est presque bio ! " Poncif très en vogue depuis quelques années dans les milieux associatifs qui découvrent le rôle et l'importance, voire l'organisation et le dynamisme, de l'agriculture et du milieu rural.

 

Tous les raisonnements de ce genre sont basés sur l’idée que les traitements chimiques de synthèse seraient faits non par nécessité agronomique mais par un genre de méchanceté. Pour certains, le fait qu’un « petit producteur » vienne au marché avec un bleu de travail, des mains très visiblement jamais protégées par des gants, un sourire avenant, voire pour couronner le tout, un fourgon assez usé pour fumer bien noir, et, bien sûr, un discours du terroir, serait la garantie, non seulement que les légumes en vente ont tous été cultivés par lui (ce qui est très très très rarement le cas), mais qu’en plus, il travaillerait « de façon plus bio » .

Il y a, dans le genre, des spécialistes de la vente d’œufs d’élevage hors-sol présentés en panière d’osier sur de la paille…ce que d’ailleurs rien ne semble interdire.

Au sujet des apports d’engrais (chimiques bien sûr chez les non bio), sont ils  nombreux les producteurs qui font régulièrement des analyses de sol pour adapter leur fumure de fond, des tests azote systématiques avant d’en remettre un peu pour que ça pousse plus…etc. ?

Cet état permanent de tromperie potentielle dont sont victimes les consommateurs ne perdure que grâce à leur manque de connaissances : il me semble qu'il leur faut donc, avant de prétendre jauger ce qui se passe chez un producteur, se former ( quitte à oser se faire aider !  ) afin d’avoir le minimum de connaissances pour ne pas se faire rouler dans la farine par le flou des affirmations facilement avancées face à un public trop peu averti.



C’est de mon point de vue le principal intérêt des «  portes ouvertes » sans vente que de permettre au paysan bio d’avoir une action pédagogique qui apporte une réelle formation : encore faut-il bien sûr que tout le monde en accepte les conséquences.




L'agriculture biologique, par contre, se réfère à un cahier des charges précis,  qui définit une pratique agricole agronomiquement cohérente par une liste détaillée d’autorisations et d’interdictions .


Ce cahier des charges est homologué par l’état. Le respect de ce cahier des charges chez chaque producteur est vérifié, plus d’une fois par an, par un des organismes certificateurs agréés par l’état, lors de visites de contrôle (qui peuvent être inopinées). Il y a plusieurs organismes certificateurs ; la qualité de leur travail est supervisée par un organisme d’état.


L’usage du terme « agriculture biologique » pour signifier la qualité d’un produit agricole est donc réservé exclusivement aux personnes notifiées et certifiées en AB.

Tout produit issu de l'agriculture bio doit au minimlum comporter sur son étiquetage le nom et le code postal de  l'OC (organisme certificateur).


C’est je pense la condition minimum indispensable pour  espérer établir une relation équitable avec le consommateur. 


Toutes les appellations folkloriques du genre « presque bio » « qui tend vers le bio » (j’ai même croisé sur un marché « en route vers la bio ») etc. sont non seulement sans valeur mais interdites, raison pourquoi les petits malins  les utilisent plutôt oralement pour enfumer le naïf : aucun producteur ne s’aventure longtemps à donner ce genre de « garanties » par écrit.


Qui paie la facture ?

A noter que les frais de certification, à la charge du producteur bio, sont depuis peu en bonne partie subventionnés par la plupart des Conseils régionaux ( le Conseil régional de Bourgogne à 80% pour les fermes à 100% en bio, tous les Conseils généraux de notre région apportant une aide de complément, sauf celui de la Saône et Loire...).

L'époque du " non pollueur égale payeur " a duré bien trop longtemps, et ces aides publiques nous semblent absolument normales, du moins tant que les agriculteurs en chimie ne seront pas obligés de fournir à leurs clients (grossistes, marché de détail ou amap non bio) et dans un souci de saine transparence,  la liste précise, (et datée, puisqu’il y a des délais avant récolte) des pesticides appliqués sur chacune de leurs productions.

 

Très rapide petit historique du règlement bio


Cahier des charges et  système de contrôle indépendant existaient bien avant la reconnaissance officielle de l’agriculture biologique (avril 1981) par le gouvernement français. Ils avaient été mis en place par les structures syndicales, professionnelles et associatives de l’agriculture biologique
hors de toute emprise commerciale (et je suis très heureux d’y avoir joué mon petit rôle, dit le vieux c…) 

(Il est facile de comprendre que c’étaient avant tout les professionnels de l’AB qui avaient intérêt à pouvoir prouver au consommateur la réalité et l’honnêteté de leur pratique, puisque eux seuls n‘utilisent aucun engrais chimique ni pesticide de synthèse, tous les autres agriculteurs en utilisant…et qu’ils ont besoin pour vivre d’obtenir la confiance du consommateur. qui ne peut accepter de financer un surcoût sans un minimum de garanties. Dès ce moment l'acheteur a donc eu la possibilité de demander au « sympathique producteur local qui traite pas » pourquoi il n’était pas contrôlé en bio, ce qui ouvrait, et ouvre encore,d’ailleurs, et à grand volume, le robinet à c…ries).


Bien sûr, tout n’est pas irréprochable dans les règlements, leur application, le contrôle, etc. et je suis le premier à m’élever contre certaines dérives possibles (je dis bien possibles, et non pas probables ,avérées, ou inévitables,comme ces gens qui depuis quelques années, et prenant le train en route du haut de certitudes intellectuelles qui ne se sont pas confrontées à une quelconque pratique agricole, se lancent dans de "grands" et « beaux » discours pleins de mots et de grandes idées du genre « plus bio que bio » - on dirait un slogan de lessive ! - , tout en n’en faisant point, tous ces gens qui ont tellement d’éthique qu’ils sont bien évidemment au dessus de tout contrôle indépendant, si vulgaire et subalterne, ces gens qui tout en ayant  bien des compétences, mais non agricoles, affirment tranquillement que " Y n’est pas bio, mais…" ou que " X est presque bio " ) . Et ce n'est que portées collectivement par les paysans bio organisés et la partie de la société qui les soutient que des améliorations pourraient être obtenues.

Mais toute cette réglementation a au moins le mérite d’exister, de reconnaître comme légitime, fondée, quantifiable et donc  vérifiable  la pratique agronomique des paysans bio grâce à leurs structures depuis plusieurs décennies.


De plus, cela permet aux organisations de la bio de participer à de nombreuses instances de concertation avec les ministères concernés et leurs administrations  (et je suis très heureux d’y jouer mon petit rôle, radote le vieux c…). Instances de concertation, pas de décision, bien sûr : en démocratie, le pouvoir est confié par le peuple aux élus qui eux, décident.
Cela permet aussi éventuellement d’attaquer les fraudeurs (pour mémoire, toutes les actions judiciaires contre les fraudeurs l’ont été par et à l’initiative des organisations bio : quelle est la structure agricole non bio qui peut en dire autant ? ou bien est-ce qu’il n’y a jamais de fraude en agriculture chimique ?)
.


Surtout, cette action a toujours été portée et défendue par les agriculteurs bio organisés collectivement. On peut donc penser qu'ils sauront la défendre dès que besoin, en sachant se baser sur l'expérience acquise.

 

Mais une chose est bien certaine :



Si il était plus facile, plus rentable de faire de la bio, il ne se ferait sans doute pas tant de chimie !