nos garanties : parcelle en conversion 1 ère année en 2008

 

« En fait, il s'agit d'une reconversion purement administrative » ...
qu'il a dit le contrôleur d'Ecocert...                           

Oui, effectivement, et cela mérite quand même quelques explications à destination des abonnés à nos paniers de biaux légumes, parce que les biaux jardiniers ont l'habitude de bien aimer « être clairs ». Mais comme tout cela concerne la confrontation de notre pratique agricole, de l'histoire de notre ferme, et de la réglementation bio officielle ainsi que de la politique agricole du gouvernement français, c'est aussi un peu complexe.
Ce sera donc un peu long, mais nous nous adressons à ceux qui veulent comprendre ce qu'ils mangent : ils prendront le temps !

Commençons par la réglementation bio.


D'abord un double rappel.

La certification bio se fait par parcelles ;
Culture biologique ou en conversion vers l'agriculture biologique, le cahier des charges et la pratique du paysan sont les mêmes, seule l'ancienneté des terres dans le système de la certification bio change.

Ensuite deux principes réglementaires de base.


Le premier
: pour pouvoir faire référence à l'AB, il est interdit de cultiver le même produit ( défini comme non distinguable par une personne non avertie) en biologique et en chimique. Elémentaire, mon cher Watson... ce serait trop facile de...
A noter donc qu'il reste tout a fait réglementaire qu'un même agriculteur produise, sur des dizaines d'hectares, des céréales en chimie, et comme diversification sur quelques hectares, par exemple des légumes en bio, ces derniers sur des terres cultivées uniquement en bio bien évidemment. Ceci respecte la demande première du consommateur mais nous semble quand même une drôle d'attitude professionnelle, mais très « tendance ».
Le deuxième : tout végétal semé pendant la première année de conversion à l'AB ne peut pas faire référence à l'AB. A noter que cela date d'avant la réglementation officielle, à l'époque où les premiers miltants de la bio contrôlée trouvaient prudent d'éliminer ainsi tout risque d' alternance de bio et de chimie sur la même parcelle ( ce que l'on appelait alors la bio tournante ).

De ces deux points découle le fait que le même légume, ne peut, pour pouvoir faire référence à l'AB, être cultivé en bio sur des parcelles bio et sur des parcelles en conversion première année. Parfaitement logique et non contestable à notre avis.

Continuons par l'historique de notre ferme maraîchère.

Quand, en 1996, nous avons déménagé à Sornay, nous nous sommes réinstallés sur environ 6 hectares, dont une moitié est notre jardin, une autre en prés. Nous avons à cette époque fait certifier en bio le total des parcelles, ce qui fait que nous pouvions vendre en nous réclamant de la culture biologique, et les légumes de notre jardin, et le foin de nos prés.

Peu à peu, pour créer un environnement agronomique mieux préservé et plus autonome, et après bien des « aventures », nous avons pu acheter les parcelles joignantes et porter ainsi peu à peu la taille de notre ferme à environ 14 hectares. Ces nouvelles parcelles ne produisaient, pour les prés que du foin, et pour une parcelle de terre que des engrais verts ( végétaux cultivés uniquement pour être réincorporés au sol pour l'enrichir et le vivifier). Nous ne les avons pas fait certifier. Seule conséquence réglementaire : notre foin bio, denrée par définition non distinguable par une personne non avertie, ne pouvait plus être vendu comme biologique puisque venant aussi de parcelles non certifiées. Ce qui ne gênait personne puisqu'il était fait par un agriculteur en chimie de la commune voisine, avec lequel nous avons de très bonnes relations.

Venons en à notre pratique agricole

Pour répondre à nos abonnés de paniers qui souhaitaient manger plus de certains légumes, nous avons été amenés à modifier la répartition de notre surface cultivée. Pour garder dans nos sols la rotation équilibrée qui est à notre avis la base de la bio, nous avons mis en culture la parcelle qui recevait régulièrement des engrais verts les années précédentes pour y faire quelques légumes.

Lors du tour de ferme qu'il fait à chaque «visite de contrôle approfondi», l'auditeur d'Ecocert ayant toujours pu constater au fil des ans que cette parcelle, comme les prés, est menée en bio depuis que nous en avons la responsabilité, il nous a donc proposé de les certifier en bio dès cette année.

Mais faisons un petit détour par les choix de politique agricole du gouvernement qui, dans sa grande sagesse, attribue une aide à la conversion bio, et d'un montant ridicule pous les maraîchers : quelques centaines d'euros par hectare de légumes et par an pendant 5 ans. Pour les parcelles de pré que nous maraîchers devons acheter pour éviter d'être pollués par les voisins, aucune aide puisque nous n'avons pas de troupeau...que des voisins.
Mais si ridicule soit elle, cette aide existe, et nous pensons qu'il serait dommage :

pour nous individuellement de renoncer à en bénéficier, mais surtout

pour nous collectivement de renoncer à la demander parce que c'est parfois à force de ne pas les épuiser que les lignes budgétaires finissent par disparaître.

C'est pourquoi nous avons choisi de passer par l'étape «conversion à l'AB»
pour la nouvelle parcelle cultivée en légumes depuis 2008.
Conséquence : n'ont pas droit en 2008 à la mention «issu de culture biologique» les légumes suivants : pommes de terre précoces, courges et potimarons, pastèque, physalis, choux cabu, chou milan, chou frisé grand vert du Nord, chou de Bruxelles, rutabaga.

Nous avons choisi de passer directement à la certification AB en ce qui concerne les prés
, ce qui nous permet d'avoir tout notre foin certifié AB. Nos amis Christine et Thomas, éleveurs de charolais à Frangy en Bresse commencent à avoir plus de fumier bio de bovins qu'ils n'en ont besoin pour la fertitlité de leur ferme.
Conséquence : nous faisons un genre d'échange foin contre fumier qui nous permet enfin d'épandre dans notre jardin du fumier frais bio à composter seulement en surface : un privilège agronomique rare chez les maraîchers !

Pas clair ? Trop long pour suivre ? Je peux aussi répondre aux questions !